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La force motrice : Le rapport sur la récolte française en 2023

La filière vitivinicole française a connu récemment des turbulences, qu'il s'agisse de problèmes de stocks excédentaires ou de récoltes affectées par le climat. Jessica Mason découvre comment elle a appris à s'adapter.

La France, comme de nombreux marchés, continue de faire face aux défis permanents des événements mondiaux. Il serait juste de dire que les régions viticoles françaises ont également fait face à la volatilité des marchés avec un certain sang-froid.

Expliquant les vents contraires auxquels le secteur a été confronté au cours des 12 derniers mois, Olivier Legrand, directeur général & marketing du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL), admet que "la volatilité du marché a été particulièrement élevée", ce qui peut être largement attribué à "la complexité de la situation commerciale exacerbée par le nombre croissant d'incidents météorologiques ayant un impact durable sur le potentiel de production de la région".

En effet, pour aller de l'avant, les viticulteurs français ont dû rester flexibles et concentrés.

Après l'annonce, en août, que le ministère français de l'agriculture consacrerait 200 millions d'euros à la destruction des excédents de vin afin d'aider les producteurs à faire face à la baisse de la demande des consommateurs, beaucoup se sont demandés comment les régions touchées pourraient se remettre d'un tel coup.

Selon Denis Guthmuller, président du Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône : " Depuis la fin de l'année 2019, une série d'événements a ébranlé l'économie de l'appellation Côtes du Rhône et l'ensemble de la filière. Le secteur viticole était déjà soumis à des turbulences sur le marché intérieur, notamment concernant les vins rouges, en raison d'une tendance à la réduction de la consommation."

Alors que la crise du coût de la vie et l'économie semblaient être les principaux défis à relever, la météo a fait son apparition.

Comme le souligne Legrand : "Aujourd'hui, l'équilibre délicat entre notre capacité à répondre à la demande du marché et les prix dépend fortement de notre capacité à assurer un volume de production stable".

Il déplore que les récents événements climatiques (gel en 2021, sécheresse en 2022 et 2023, ainsi que la grêle) aient "un impact de plus en plus fréquent sur notre potentiel de production". C'est pourquoi le CIVL a indiqué que la lutte contre le réchauffement climatique est au cœur de ses priorités pour les années à venir.

L'OFFRE ET LA DEMANDE

L'effet d'entraînement de la destruction de l'excédent de vin pose également ses propres problèmes : principalement, l'impact qu'elle est susceptible d'avoir sur les prix. M. Guthmuller constate que "malheureusement, notre secteur, comme beaucoup d'autres, est régi par la loi de l'offre et de la demande" et admet que ces stocks excédentaires "ont un impact à la baisse sur les prix dans les marchés en vrac, ce qui conduit souvent à des ventes à perte".

Constatant les fluctuations du marché, Alix Rodarie, responsable du développement international de la société française de vente aux enchères de vins fins iDealwine, révèle que, de toutes les régions françaises, "la Bourgogne a été la plus touchée par l'évolution des prix, ceux-ci ayant stagné ou légèrement diminué, ce qui signifie que le prix d'un premier cru de Bordeaux est aujourd'hui aussi abordable, voire plus, qu'un vin de Bourgogne relativement "simple" mais rare, issu d'un producteur culte tel que Leroy, Auvenay ou Bizot".

Si l'on cherche les points positifs, M. Rodarie suggère ce qui suit : "Tout cela signifie que les amateurs de vin peuvent en tirer une grande valeur et que les investisseurs ont un grand potentiel s'ils sont prêts à jouer le jeu à long terme."

En fin de compte, la plupart des caves ont opté pour la distillation de leurs excédents de vin, plutôt que d'opter pour des réductions de prix. Personne n'a voulu dévaloriser les produits. Après tout, comme le souligne M. Guthmuller : "Il vaut mieux distiller plutôt que de vendre nos produits à des prix bas, non rentables, qui tirent l'ensemble de la collectivité vers le bas. Il y a une corrélation parfaite entre des stocks faibles et des prix élevés, et vice versa.

Il explique que, pour réussir, l'ambition des Côtes du Rhône est de "stimuler la demande par l'adaptation de nos produits, ainsi que par la communication", mais admet que "la réduction de nos stocks par la distillation nous permettra de rééquilibrer une situation dégradée".

Brice Eymard, directeur général du Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP), déclare : "Certains vignobles produisant de grandes quantités de vin rouge sont particulièrement touchés. La mesure de distillation permettra de rééquilibrer le marché. Cependant, il s'agit d'une mesure ponctuelle, à court terme, qui ne fonctionnera pas tous les ans. Des décisions structurelles doivent être prises rapidement pour rééquilibrer la production de vin en France et relancer la consommation. Le marché du vin rosé est moins affecté par ce déséquilibre.

L'une des façons de s'adapter à un avenir inconnu est de consacrer davantage de recherche et d'attention à des domaines tels que la biodiversité génétique, ce que font les exploitations viticoles dans toute la France.

Virginie Valcauda, directrice marketing et communication du Conseil des vins de Bourgogne, indique que "depuis plusieurs années, la Bourgogne, et donc Chablis, travaille à assurer sa capacité de production, tout en réduisant au maximum son impact sur l'environnement".

Elle laisse entendre que de nombreux projets de recherche et d'investissements sont en cours et précise que "près de 35 projets sont soutenus ou cofinancés par l'interprofession des vins de Bourgogne. Parmi eux, l'autorisation de nouveaux porte-greffes, le génotypage des différents clones des cépages phares de la Bourgogne ou encore l'expérimentation de méthodes de conduite de la vigne plus respectueuses de l'environnement face à l'augmentation des températures et aux sécheresses récurrentes". L'objectif qui sous-tend tout cela est de "travailler efficacement avec ce que Mère Nature décidera de faire", déclare M. Valcauda.

Dans le Languedoc, M. Legrand reconnaît que "la diversité génétique est un levier majeur pour l'adaptation des organismes vivants à des conditions environnementales changeantes" et affirme qu'"elle est sous-exploitée dans l'industrie du vin". Toutefois, cette situation pourrait bientôt changer.

" Cette diversité génétique peut être générée par la sélection végétale, c'est le projet sur lequel le CIVL travaille depuis 2018 avec les variétés INRAE-Bouquet, tolérantes aux maladies fongiques (mildiou et oïdium) et issues de nos cépages méditerranéens, donc adaptées à nos conditions ", précise M. Legrand.

Pour lui, la diversité, c'est "valoriser l'existant" et c'est dans cette optique que l'interprofession, avec les syndicats AOP et IGP du vignoble languedocien, lance un projet de deux ans sur ce thème, soutenu par l'Agence de l'Eau.

Selon M. Legrand, le projet est "fortement axé sur l'exploitation de la diversité génétique existante, c'est-à-dire des clones, des porte-greffes et des variétés de raisin". Il s'agit là d'une évolution majeure qui devrait changer l'avenir de la production de vin dans les régions françaises.

M. Guthmuller suggère également qu'un changement intéressant se produit dans les vignobles : "la recherche autour de VIFA : les variétés de raisin pour l'adaptation".

Il souligne que "quatre cépages sont en phase expérimentale, pour une durée totale de 10 ans. Il s'agit de : Floreal, Carignan Blanc, Rolle et Vidoc". En France, les vignerons n'ont pas peur d'aller de l'avant, même s'ils sont attachés à la qualité.

PRINCIPAUX DÉVELOPPEMENTS

Parmi les autres faits marquants des douze derniers mois, le secteur viticole français s'intéresse de plus près à l'efficience de l'eau et du carbone. Selon M. Legrand, il s'agit de "changements dans les pratiques culturales, qui peuvent accroître l'efficacité et le stockage de l'eau", et le CIVL est déjà "impliqué dans des partenariats avec des spécialistes dans ce domaine, afin d'apporter le meilleur soutien possible aux viticulteurs".

Il a participé à l'organisation d'un colloque sur ce thème à Villeveyrac cette année, les Assises Méditerranéennes de la Viticulture, qui ont réuni plus de 200 viticulteurs. "Nous avons parlé de l'enherbement, de la taille, de la matière organique dans le sol, etc.

Selon M. Legrand, traiter la question de l'eau, c'est aussi traiter celle du carbone et de sa séquestration. Trop souvent, selon lui, les deux questions sont dissociées.

"Or, sans eau, pas de plantes, pas d'arbres et donc pas de séquestration du carbone. Ainsi, par exemple, traiter la question de la matière organique dans le vignoble pour augmenter la réserve utile en eau du sol, c'est aussi traiter la question de l'empreinte carbone de notre activité et, surtout, contribuer à limiter le changement climatique."

M. Eymard explique que le CIVP a également lancé un certain nombre d'initiatives concernant la transition agro-écologique, notamment sur l'empreinte carbone, les sols, la biodiversité et la gestion de l'eau.

Dans toutes les régions françaises, les domaines viticoles progressent également sur la voie de l'écologie, de l'agriculture biologique et de la biodynamie.

M. Valcauda explique que cette évolution est en partie due aux tendances de consommation, mais il observe que les vins certifiés biologiques sont en augmentation et précise : "En même temps, la surface des labels environnementaux augmente rapidement", ce qui laisse entendre qu'il s'agit d'une véritable évolution : "Dans le même temps, la surface des labels environnementaux augmente rapidement", ce qui laisse supposer une véritable évolution.

" Les surfaces en viticulture biologique, en particulier, sont en forte augmentation dans toute la région : Près de 6 000 hectares étaient en conversion ou certifiés fin 2021, soit une hausse de 18,6 % par rapport à 2020 (22 % de la Bourgogne ; 17 % dans l'Yonne, notamment à Chablis). Les chiffres pour 2022 sont attendus dans les prochaines semaines. De plus en plus d'entreprises s'engagent dans des certifications environnementales, que ce soit en biodynamie, en bio ou en viticulture raisonnée (HVE, Terra Vitis, Vignerons engagés)."

Tous les défis et les changements auxquels sont confrontés les vignerons français se produisent à la vue de tous. Comme le répète M. Legrand, tous les problèmes alimentent la même rhétorique pour une industrie qui est tellement affectée par des aspects aussi précaires que le climat et l'économie.

Les incertitudes climatiques se transforment en incertitudes économiques. Des chaleurs qui brûlent les vignes, des sécheresses qui les assoiffent, de jeunes planteurs qui peinent à s'installer dans ces conditions : rien de tout cela n'empêche de produire de grands vins, mais pour combien de temps ? Et à quel prix ? La vigne a besoin d'eau pour vivre, et les viticulteurs ont besoin d'un certain niveau de production pour satisfaire la demande des consommateurs et assurer l'équilibre économique de leur entreprise".

La situation est en effet volatile. Comme le souligne M. Legrand, "les questions de l'eau et des rendements doivent donc être au cœur des enjeux de demain : "Les questions de l'eau et des rendements doivent donc être au cœur des enjeux de demain.

La récolte 2023 en un coup d'œil

Vallée de la Loire

L'année a été annoncée comme un millésime compliqué pour la Loire, à la fois en termes de qualité et de variations de succès entre les producteurs d'une même appellation, principalement parce que, pour certains producteurs, les raisins sont sains, tandis que d'autres, en comparaison, doivent faire face à la pourriture. Selon Les 5 du Vin, dans ce dernier cas, les vendanges manuelles ont dû être extrêmement sélectives et les producteurs ont dû jouer la carte de la durée.

Bordeaux

La grêle et le gel ont affecté près de 10 000 hectares de vignes dans la région au cours du printemps, suivis par de longues périodes de sécheresse. Selon les rapports internes de Bibendum, trois des principales AOP - Pessac-Léognan, Pomerol et St-Émilion - ont autorisé l'irrigation pour la première fois jusqu'au 15 août afin de compenser le manque de précipitations.

Bourgogne

Les perspectives sont raisonnables pour le Chardonnay et le Pinot Noir, bien que les rouges aient été affectés par le manque d'eau, ce qui a entraîné une réduction des volumes. La récolte du Beaujolais est en baisse d'environ 30 % en raison d'orages de grêle isolés et d'un été très sec qui a réduit les rendements. Ceci est particulièrement vrai pour le Beaujolais et le Beaujolais-Villages.

Les vendanges du Crémant de Bourgogne ont commencé à la fin du mois d'août, tandis que celles des vins tranquilles de la région ont débuté à la mi-septembre pour les parcelles les plus précoces, et devraient s'accélérer progressivement. À la fin du mois de septembre, l'ensemble de la région devrait avoir commencé à récolter.

Des rumeurs suggèrent déjà que les Chardonnays arrivent à maturité un peu avant le Pinot Noir et les volumes attendus pour les deux sont prometteurs, en particulier pour le Pinot Noir, dont les grappes sont généreuses cette année. Le soleil radieux des deux premières semaines de septembre a également été le bienvenu pour apporter la maturité attendue.

Alsace, Savoie et Jura

Selon les premiers rapports, les volumes de la région Alsace pour cette année devraient être supérieurs à ceux de 2022. Toutefois, il a également été signalé que l'oïdium s'est propagé dans certaines régions, ce qui laisse présager des pertes. En Savoie, malgré des problèmes fongiques et des dégâts localisés dus à la grêle, on s'attend à une récolte supérieure à la moyenne quinquennale. La récolte du Jura est également importante, ce qui laisse présager des quantités de raisin saines et prometteuses.

Languedoc-Roussillon

Les vendanges dans le Languedoc étaient bien avancées au moment de la rédaction de cet article, mais elles étaient encore en cours dans de nombreux terroirs de rouge, selon Olivier Legrand, directeur général & marketing du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc (CIVL). Il déclare : "Nous sommes bel et bien à la croisée des chemins, ce que nous pressentions déjà l'année dernière pour le millésime 2022. Cette année l'a confirmé et nous entrons dans une ère d'incertitude".

M. Legrand ajoute : "Un hiver et un printemps historiquement secs : "Un hiver et un printemps historiquement secs, une canicule d'une intensité exceptionnelle fin août, des pluies diluviennes des Pyrénées-Orientales à la Lozère en plein milieu des vendanges, font que les cartes sont constamment rebattues".

Vallée du Rhône

Bibendum a souligné dans son rapport de récolte pour 2023 que dans la vallée du Rhône, en particulier dans le sud de la région, il y a eu un manque général d'eau. Cependant, le côté positif est que les conditions sanitaires étaient très bonnes pour les vignes. D'après les premiers rapports, les volumes de vins blancs subiront une certaine pression en raison d'un manque de jus dans les baies. Toutefois, les rendements globaux devraient se situer un peu au-dessus de la moyenne quinquennale pour la région, bien qu'ils soient encore en baisse d'environ 10 % pour Châteauneuf-du-Pape, en grande partie à cause des périodes de sécheresse.

Provence

Les premiers rapports en provenance de la région de Provence laissent entrevoir des perspectives raisonnables, puisque la récolte devrait se situer dans la moyenne des cinq dernières années. Toutefois, la situation évoluait encore au moment de la rédaction du présent rapport, et les pressions exercées par la sécheresse dans l'ensemble de la région, ainsi que les orages survenus pendant la période des vendanges, ont été cités par les viticulteurs comme étant à l'origine de difficultés supplémentaires pour les vendangeurs.

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